THIEYSENEGAL.com : Le débat sur la situation financière du Sénégal prend une nouvelle dimension politique. Réunis face à la presse ce jeudi, les responsables de Pastef-Les Patriotes ont réagi à l’accord conclu au niveau des services entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI), tout en appelant à une transparence totale sur l’origine de l’endettement et sur les conséquences d’un éventuel traitement de la dette.
Le FMI a annoncé, le 1er septembre, un accord au niveau des services pour un nouveau programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), pour un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 243 milliards de francs CFA. L’accord reste soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du FMI. L’institution indique également que les autorités sénégalaises ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de rétablir sa viabilité.
Pour Pastef, cette perspective ouvre un débat qui ne peut se limiter aux mécanismes financiers. Le parti estime que les Sénégalais doivent être informés de la nature exacte de l’opération envisagée, de ses objectifs et surtout de ses éventuelles répercussions économiques et sociales.
Dans son intervention, Pastef a replacé la question de la dette dite « cachée » au centre de ses préoccupations. Le parti demande que toute la lumière soit faite sur les engagements financiers qui n’auraient pas été correctement retracés dans les comptes publics et que les responsabilités soient établies lorsque des fautes ou des irrégularités sont avérées.
Cette exigence intervient alors que le FMI lui-même souligne, dans son communiqué du 1er septembre, la nécessité pour les autorités sénégalaises de prendre des mesures correctives concernant les problèmes antérieurs de communication d’informations et de renforcer les garde-fous destinés à éviter que de telles situations ne se reproduisent.
Pastef appelle ainsi à une clarification complète de la situation financière du pays, estimant que l’établissement des responsabilités doit être dissocié de la nécessité de trouver une solution à la contrainte actuelle de la dette.
Sur le plan institutionnel, le parti invite l’Assemblée nationale à utiliser pleinement ses prérogatives de contrôle. Auditions, commissions, interpellations du gouvernement ou encore missions d’information sont citées parmi les mécanismes susceptibles d’éclairer les conditions dans lesquelles les engagements financiers ont été contractés.
Pour Pastef, le dossier dépasse le cadre d’une simple controverse politique : il engage les finances publiques et, par conséquent, les générations actuelles et futures.
Le parti réclame donc que les responsabilités soient déterminées sur des bases documentées et que les éventuelles fautes de gestion ou infractions soient traitées par les autorités compétentes.
Autre interrogation soulevée par Pastef : le contenu précis du futur traitement de la dette.
Le parti demande au gouvernement de clarifier les catégories de dette visées, les créanciers concernés, le niveau d’allègement recherché, les éventuelles contreparties ainsi que les conséquences de l’opération sur les banques, les entreprises, l’investissement public et les ménages.
Cette prudence intervient alors que le FMI affirme que les réformes envisagées doivent permettre de restaurer la viabilité de la dette et de réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures. L’institution prévoit parallèlement une mobilisation accrue des recettes intérieures, une rationalisation des dépenses et un renforcement des dispositifs de protection sociale.
« Les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois »
Sur le terrain social, Pastef pose une ligne rouge. Le parti refuse que le coût du traitement de la dette soit transféré sur les ménages à travers une pression fiscale accrue, une diminution des subventions ou une réduction des dépenses sociales.
Cette position est résumée par une formule : « les Sénégalais ne doivent pas payer deux fois ».
Autrement dit, pour le parti, les populations ne devraient pas subir une première fois les conséquences d’une mauvaise gestion financière et supporter ensuite l’essentiel du coût de la correction de la situation.
Réformer l’État pour sortir durablement de la crise
Au-delà du traitement de la dette, Pastef appelle à une transformation du fonctionnement de l’État. Le parti préconise notamment une réduction des dépenses jugées improductives, une meilleure qualité de la dépense publique, une mobilisation plus équitable des recettes et une sélection plus rigoureuse des investissements.
Cette orientation rejoint en partie les objectifs affichés dans le nouveau programme envisagé avec le FMI, qui prévoit notamment une amélioration de la gouvernance budgétaire, de la gestion de la dette et de la supervision des entreprises publiques.
Le FMI souligne par ailleurs que l’économie sénégalaise a progressé de 6,7 % en 2025, portée notamment par la première année complète de production pétrolière, tandis que la croissance hors hydrocarbures s’est établie à 2,2 %.
Trois exigences au cœur de la position de Pastef
Au terme de sa sortie médiatique, Pastef résume sa position autour de trois priorités : la vérité sur la dette, la responsabilité de ceux dont les fautes seraient établies et la protection des Sénégalais.
Une prise de position qui intervient alors que le Sénégal s’engage dans une nouvelle séquence financière avec le FMI. L’accord technique de 2,2 milliards de dollars constitue une étape importante, mais son approbation reste à venir. Dans le même temps, la question du traitement de la dette devrait continuer d’alimenter le débat public, tant sur ses modalités que sur ses conséquences pour l’économie nationale.