Ziguinchor : le pont Émile Badiane, 47 ans après, entre nécessité et inquiétudes

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THIEYSENEGAL.com : Il reste le passage obligé pour des milliers d’usagers de la Casamance. Depuis près d’un demi-siècle, le pont Émile Badiane relie Ziguinchor au nord de la région et constitue un maillon essentiel de la Route nationale 4. Mais à mesure que les années passent, les interrogations sur l’avenir de cet ouvrage se font plus pressantes.

Inauguré le 19 février 1979, le pont porte le nom d’Émile Badiane, figure politique et syndicale de la Casamance. Long d’environ 640 mètres, il enjambe le fleuve Casamance et joue un rôle stratégique dans la circulation des personnes et des marchandises entre le Sud du Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.

Au fil des décennies, le pont a accompagné la transformation économique et démographique de la Casamance. Véhicules particuliers, transports en commun et poids lourds s’y succèdent quotidiennement.

Son vieillissement alimente toutefois les préoccupations de nombreux acteurs locaux. Des collectifs citoyens et des représentants des transporteurs réclament régulièrement la construction d’un nouvel ouvrage, estimant que l’infrastructure actuelle ne répond plus suffisamment aux exigences de sécurité et de mobilité.

En novembre 2025, le collectif « L’Heure est Grave » avait notamment appelé les pouvoirs publics à accélérer le dossier. Le coordonnateur de Vision citoyenne, Madia Diop Sané, avait alors insisté sur le caractère vital du pont pour la mobilité et l’activité économique de la Casamance.

Le drame du 26 mai 2026 ravive les inquiétudes

Les préoccupations ont pris une nouvelle dimension après l’accident survenu le 26 mai 2026.

Un minibus en provenance de Ziguinchor et à destination de Dakar a quitté la chaussée avant de tomber dans les eaux du fleuve Casamance. Trois personnes se trouvaient à bord. Le premier bilan communiqué par l’APS faisait état d’un mort, d’un rescapé et d’une personne portée disparue.

Les recherches engagées après l’accident ont ensuite permis de retrouver une autre victime décédée, tandis que les opérations se poursuivaient pour tenter de retrouver le dernier passager porté disparu.

Ce nouveau drame a ravivé le débat sur la sécurité du pont et sur la nécessité d’une solution structurelle pour la traversée du fleuve à Ziguinchor.

2019, 2021, 2026 : des accidents qui marquent les mémoires

Le drame de mai 2026 n’est pas un cas isolé. En août 2019, un accident impliquant un véhicule avait déjà provoqué la mort d’une personne et la disparition de deux autres dans les eaux de la Casamance.

Ces accidents successifs ont contribué à renforcer la mobilisation des populations et des organisations citoyennes autour de la question de l’avenir du pont Émile Badiane.

Pour les défenseurs de sa reconstruction, l’enjeu dépasse désormais la simple réhabilitation d’un ouvrage vieillissant. Il s’agit également de sécuriser un axe routier essentiel au désenclavement de la Casamance et aux échanges sous-régionaux.

Le dossier de la reconstruction semble désormais avancer. Lors d’un débat à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ousmane Sonko avait annoncé qu’une enveloppe de 50 milliards de FCFA était prévue pour la reconstruction du pont Émile Badiane dans le cadre du Plan de redressement économique et social (PRES).

Cette perspective nourrit l’espoir à Ziguinchor, même si les acteurs locaux restent vigilants. Ils demandent notamment que le futur ouvrage soit conçu selon les normes techniques adaptées au trafic actuel et aux besoins futurs de la région.

Entre urgence sécuritaire et impératif économique

Au-delà de son état, le pont Émile Badiane demeure indispensable. Sa fermeture ou une limitation importante de la circulation aurait des conséquences directes sur les déplacements des populations, le transport des marchandises et les échanges avec les pays voisins.

À Ziguinchor, les attentes sont donc fortes. Après 47 années de service, le pont reste debout et continue d’assurer sa mission, mais les accidents récents ont rappelé une réalité difficile à ignorer : la sécurité des usagers doit désormais accompagner l’urgence de moderniser cette infrastructure stratégique.

Le véritable défi pour les autorités consiste ainsi à transformer les annonces en réalisation concrète, afin que le franchissement du fleuve Casamance ne soit plus associé à la crainte d’un nouveau drame.

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