Discours de haine au Sénégal : Mouhamadou Makhtar Cissé interpelle les médias sur leur responsabilité
THIEYSENEGAL.com : Lors de la première édition des Grandes conférences du SYNPICS, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique a appelé les professionnels de l’information à combattre les discours stigmatisants. Il estime que la désignation de communautés comme responsables des difficultés sociales menace la cohésion nationale et peut exposer les Sénégalais vivant à l’étranger à des réactions hostiles.
La préservation du vivre-ensemble passe aussi par le traitement de l’information. C’est le message porté jeudi par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, lors de la première édition des Grandes conférences du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (SYNPICS), organisée autour du thème « Médias et cohésion nationale ».
Parrain de cette rencontre, le ministre a invité les journalistes à faire preuve de discernement face aux discours qui ciblent des communautés, des nationalités ou des catégories sociales. Il a notamment mis en garde contre les raccourcis consistant à attribuer à un groupe la responsabilité de problèmes dont les causes sont multiples.
Selon lui, ces pratiques peuvent alimenter les tensions, renforcer les préjugés et fragiliser les relations entre les différentes composantes de la société sénégalaise.
Mouhamadou Makhtar Cissé a particulièrement insisté sur les conséquences possibles de la stigmatisation des étrangers et de l’ethnicisation du débat public. Il a rappelé que les propos tenus au Sénégal peuvent également avoir des répercussions sur les ressortissants sénégalais établis dans d’autres pays.
Le ministre a estimé à plus de deux millions le nombre de Sénégalais vivant à l’étranger. Il a ainsi souligné le risque de voir des discours hostiles diffusés au niveau national alimenter, en retour, des comportements discriminatoires envers les membres de la diaspora.
Cette interpellation place la responsabilité des acteurs publics, des médias et des utilisateurs des réseaux sociaux au centre des enjeux de protection de la cohésion sociale.
Les dérives médiatiques à la lumière de l’histoire
Pour illustrer les dangers liés à la manipulation de l’information, le ministre a évoqué plusieurs épisodes historiques marqués par la propagande et les tensions communautaires. Il a notamment cité l’Allemagne nazie, la Radio-télévision libre des Mille Collines au Rwanda, les violences postélectorales au Kenya en 2007 ainsi que la crise électorale ivoirienne de 2010-2011.
À travers ces références, il a rappelé que les médias peuvent contribuer à exacerber les divisions lorsqu’ils deviennent des instruments de propagande ou diffusent des messages qui opposent les populations.
À l’inverse, une information rigoureuse, vérifiée et équilibrée peut favoriser le dialogue, rétablir la confiance et participer à la prévention des conflits.
La presse privée, un acteur de la stabilité démocratique
Le ministre a également fait référence à l’élection présidentielle sénégalaise de 2000, en soulignant le rôle joué par la presse privée dans la diffusion des résultats bureau par bureau. Il a présenté cette expérience comme une contribution à la transparence électorale et à la prévention des tensions.
Pour Mouhamadou Makhtar Cissé, cet épisode illustre la place que peut occuper le journalisme dans les moments sensibles de la vie démocratique, lorsque les professionnels privilégient la fiabilité des informations et l’intérêt général.
Il a ainsi plaidé pour une presse capable de mettre en évidence les points de convergence entre les citoyens sans occulter leurs différences. Les traditions de médiation, de coexistence et de dialogue propres à la société sénégalaise constituent, selon cette approche, des leviers pour consolider les liens sociaux.
En clôture de son intervention, le ministre a invité les médias à accorder une place aux différentes composantes de la société dans leurs programmes et leurs publications. Il a également insisté sur la nécessité de diffuser des informations vérifiées dans les langues nationales et de renforcer la présence des professionnels sur les réseaux sociaux avec des contenus fiables.
L’éducation aux médias, notamment auprès des jeunes, figure également parmi les pistes mises en avant pour développer l’esprit critique face aux fausses informations et aux discours de haine.