FMI-Sénégal : Ousmane Sonko réclame le mémorandum de l’accord et ouvre le débat sur la dette
THIEYSENEGAL.com : L’accord trouvé entre les services du Fonds monétaire international (FMI) et les autorités sénégalaises n’a pas dissipé les interrogations d’Ousmane Sonko. Dans une déclaration rendue publique ce mardi, le président de l’Assemblée nationale demande au gouvernement de jouer la carte de la « transparence absolue » sur les engagements négociés avec l’institution de Bretton Woods.
Après une mission menée à Dakar du 19 août au 1er septembre, le FMI a annoncé un accord au niveau des services pouvant déboucher sur un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), pour environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de DTS. Le dossier doit encore être soumis à la direction du Fonds puis à son Conseil d’administration.
Pour Ousmane Sonko, cette annonce constitue toutefois davantage un point de départ qu’une conclusion. L’ancien Premier ministre estime que les communications du FMI et du gouvernement restent trop générales pour permettre aux Sénégalais de mesurer concrètement les contreparties et les conséquences du futur programme.
Sonko veut connaître les contreparties de l’accord
Le président de l’Assemblée nationale met notamment sur la table la question du traitement de la dette publique. Le FMI indique que les autorités sénégalaises ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de restaurer sa viabilité. Le Fonds prévoit également une amélioration de la gestion de la dette publique et un renforcement du suivi des arriérés intérieurs.
Mais pour Sonko, ces orientations doivent être détaillées.
Il demande notamment quelles seront les modalités retenues pour la dette, quelles réformes seront effectivement appliquées et quelles seront leurs répercussions sur les finances publiques et les ménages.
Autre interrogation soulevée : le sort des audits internationaux de la dette qui avaient été réclamés dans le cadre des discussions précédentes.
Réformes budgétaires et protection sociale au cœur des inquiétudes
Le programme annoncé par le FMI comporte plusieurs chantiers structurants. L’institution évoque notamment le renforcement de la mobilisation des recettes intérieures, la rationalisation des dépenses publiques et la consolidation des filets sociaux, avec une attention particulière portée aux transferts monétaires ciblés en faveur des ménages vulnérables.
Le programme prévoit également une stratégie de recettes à moyen terme à partir de 2027, une meilleure gouvernance budgétaire, un suivi plus rigoureux de la dette et des arriérés, ainsi qu’une supervision renforcée des entreprises publiques.
Le FMI entend par ailleurs accompagner des réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires et l’inclusion financière, avec l’objectif de favoriser une croissance davantage portée par le secteur privé.
C’est précisément le contenu et la portée de ces mesures que Sonko souhaite voir exposés publiquement.
Pour obtenir davantage de visibilité sur les engagements pris par Dakar, Ousmane Sonko demande la publication du mémorandum de politiques économiques et financières, document qui formalise les orientations et engagements associés au programme.
Sa demande est double : soit le gouvernement rend le document accessible au public, soit il le transmet à l’Assemblée nationale afin que les députés puissent en prendre connaissance et en débattre.
Cette exigence intervient alors que le gouvernement vient également de lancer son Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS). Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan indique que cette stratégie s’inscrit dans les efforts engagés depuis 2024 pour restaurer les équilibres macro-budgétaires. Selon le ministère, le déficit budgétaire est passé de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025.
Ousmane Sonko estime que, même si le mémorandum n’était pas publié immédiatement, les principales orientations du futur programme finiront par apparaître dans les prochains textes budgétaires.
Il cite notamment une éventuelle loi de finances rectificative (LFR) et surtout le projet de loi de finances pour 2027, qui doit être examiné par l’Assemblée nationale à l’automne.
Le président de l’Assemblée nationale annonce ainsi que le débat parlementaire aura bien lieu sur les choix économiques opérés par le gouvernement.
Dans un contexte marqué par les difficultés liées à la dette et par la nécessité de restaurer la confiance autour des finances publiques, la sortie d’Ousmane Sonko place donc le gouvernement face à une exigence politique forte : rendre lisibles les engagements pris dans le cadre du nouvel accord avec le FMI et permettre aux citoyens comme aux parlementaires d’en mesurer les conséquences.
Le FMI, de son côté, souligne que le futur programme reste conditionné à l’approbation de son Conseil d’administration et à des actions correctives décisives liées notamment aux vulnérabilités révélées par les précédents problèmes de communication des données financières.
Le bras de fer ne porte donc plus seulement sur l’obtention du financement : il s’annonce désormais sur le contenu, la transparence et le contrôle démocratique de la nouvelle trajectoire économique du Sénégal.