THIEYSENEGAL.com : Le procès de Rox la Chancelière, Narou Karma, Jessica et Ramz Yago s’est tenu lundi 14 septembre devant le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye. Au terme de près de six heures de débats, le ministère public a requis des peines allant jusqu’à un an de prison ferme. Le tribunal rendra sa décision vendredi 18 septembre.
Une audience sous haute tension. Pendant près de six heures, les débats ont porté sur une série de conflits nés et amplifiés sur les réseaux sociaux. Trois procédures ont été jointes et plusieurs chefs d’accusation sont reprochés aux quatre prévenues, parmi lesquels l’association de malfaiteurs, les injures publiques, la diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, les menaces de mort, l’atteinte à la vie privée et des propos visant un groupe de personnes en raison de la race.
Rokhaya Fall dite Rox la Chancelière, Ramatoulaye Diaw alias Ramz Yago, Nafissatou Fall dite Narou Karma et Khadidiatou Kébé alias Jessica ont été entendues successivement à la barre.
Poursuivie pour plusieurs infractions, Rox a reconnu notamment avoir proféré des injures publiques et formulé des menaces. Elle a expliqué son parcours sur les réseaux sociaux et reconnu utiliser un compte secondaire pour consulter les contenus de personnes qui l’avaient bloquée.
L’audience a ensuite été largement consacrée à ses relations conflictuelles avec plusieurs protagonistes. Très émue, Rox est revenue sur des propos qui auraient été tenus à propos de ses parents décédés le même jour, ainsi que sur son différend avec Jessica.
Concernant Ramz Yago, elle a reconnu lui avoir envoyé une image en mode « vue unique », tout en contestant l’avoir diffusée publiquement. Elle affirme avoir agi après un épisode au cours duquel Ramz se serait rendue au cimetière de Yoff pour l’insulter.
Ramz assume les insultes
À son tour, Ramatoulaye Diaw alias Ramz Yago a reconnu avoir insulté Rox. Elle affirme avoir réagi sous l’effet de la colère après la diffusion de ses images intimes.
Les débats ont également permis de revenir sur l’ancienne proximité entre les deux femmes. Rox affirme notamment avoir aidé Ramz dans ses activités commerciales sur TikTok avant que leurs relations ne se détériorent.
Nafissatou Fall alias Narou Karma a reconnu avoir insulté Rox. Elle a également admis avoir simulé, dans un groupe WhatsApp, une scène impliquant les enfants de cette dernière.
Son interrogatoire a également fait apparaître plusieurs éléments liés à ses relations avec Jessica et à certains échanges autour d’Alex Thiam. Elle a notamment raconté avoir découvert la publication d’une photo personnelle qu’elle affirme n’avoir communiquée qu’à Rox.
Khadidiatou Kébé dite Jessica est poursuivie, entre autres, pour association de malfaiteurs, injures publiques et diffusion d’une vidéo concernant Saly Manga dite Anita.
Jessica reconnaît avoir transmis la vidéo. Elle explique qu’elle se trouvait alors à Paris et cherchait à répondre à des accusations circulant sur les réseaux sociaux au sujet d’une supposée relation avec Alex Thiam.
Selon ses explications, l’envoi de la vidéo visait uniquement à se défendre. Diodio Sow, représentant Anita, a toutefois insisté sur le préjudice subi par la victime après la diffusion de la vidéo, devenue virale.
Plusieurs enregistrements ont ensuite été diffusés à l’audience. Les propos entendus, marqués par des insultes et des accusations réciproques, ont provoqué un malaise dans la salle.
Des audios attribués notamment à Narou et Ramz ont été examinés. Un enregistrement impliquant Rox et faisant référence à une personne présentée comme ayant été sollicitée pour s’en prendre à des internautes a également été versé aux débats dans le cadre de l’accusation d’association de malfaiteurs.
Des propos concernant Adji Mass ainsi qu’un enregistrement attribué à Jessica au sujet d’Anita et d’Alex Thiam ont également été évoqués.
Adji Mass réclame 20 millions de francs CFA
Sur le volet civil, Me Youssoupha Camara, conseil d’Adji Mass Guèye, a réclamé 20 millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts.
L’avocat a soutenu que sa cliente aurait subi des attaques et un dénigrement répétés depuis plusieurs années. De son côté, Diodio Sow a indiqué qu’Anita maintenait sa constitution de partie civile, sans toutefois réclamer de dommages et intérêts.
Dans son réquisitoire, le procureur Sow a estimé que plusieurs infractions étaient constituées. Il a notamment considéré que l’association de malfaiteurs était établie à l’encontre des prévenues.
Concernant certaines infractions liées à la diffusion de données personnelles et d’images contraires aux bonnes mœurs, le parquet a également retenu la culpabilité. Pour Rox, il a toutefois requis la relaxe concernant la divulgation d’images.
Au chapitre des peines, le ministère public a requis deux ans de prison, dont un an ferme contre Rox. Pour Jessica, il a demandé deux ans, dont six mois ferme. Narou Karma et Ramz Yago encourent, selon les réquisitions rapportées à l’audience, deux ans, dont trois mois ferme chacune.
Face aux réquisitions du parquet, les avocats ont multiplié les arguments pour obtenir la relaxe de leurs clientes ou l’annulation de certaines poursuites.
Pour Rox, plusieurs conseils ont invoqué notamment la prescription, l’excuse de provocation et l’application bienveillante de la loi. Me Ciré Clédor Ly a, pour sa part, contesté la régularité de la procédure et plaidé la nullité du procès-verbal.
Les avocats de Ramz Yago ont demandé sa relaxe, contestant notamment la caractérisation de certaines infractions. Ils ont également invoqué l’excuse de provocation en raison de la diffusion présumée de ses images.
Pour Jessica et Narou, Me Alphonse Faye a contesté la qualification d’association de malfaiteurs et plaidé la relaxe.
Les dernières plaidoiries ont donné lieu à un échange particulièrement animé entre Me El Hadj Diouf et le président du tribunal. L’avocat, qui défendait Jessica, a été rappelé à plusieurs reprises à l’ordre alors qu’il s’éloignait, selon le président, du cadre du dossier.
Après les plaidoiries, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. La défense avait sollicité une mise en liberté provisoire, demande rejetée à la suite de l’opposition du parquet.
Le verdict est attendu vendredi 18 septembre 2026. Jusqu’à cette date, les quatre prévenues restent présumées innocentes.